Gilbert Langevin

Le poète québécois Gilbert Langevin (1938-1995)

Paroles de métis (extrait)
Floue comme une buée
l’outarde s’éloigne
au-dessus des brûlés
sous l’œil du ciel assombri

la mine dans sa dernière galerie
étouffe en silence étrangle

les précieux métaux le grisou
et l’obscurité souveraine
règnent sur la mort certaine

l’aube fera le décompte
on fermera tristes
les livres de l’hécatombe
en consolant les survivants

Paroles de métis (extrait)
Salut balafré des luttes surhumaines!
tu es célébré par tout un chacun
depuis que tu nous as quittés
car tu as pris ta vraie retraite
comme on dit dans les îles
tu as choisi la mort avec
les honneurs qu’on accorde
aux chevaliers sublimes

j’entends encore ta voix d’orage
devant la vie des pleutres
qui ne t’allaient pas à la cheville
j’ai su à ton départ-éclair
que je t’aimais comme un frère

Paroles de métis (extrait)
Sur la margelle du silence
sèchent les combats de la nuit
tel du linge troué par l’usure de l’usage
on doit recenser le tout afin de sauver
le jour des crocs et des griffes à venir

n’y aurait-il pas quelque part
une ombre sans plan carnassier?

Paroles de métis (extrait)
Cagoule de protectorat
l’injustice fleurit sur ses privilèges
on perçoit des gloussements sourds
qu’on prend pour des bruits d’air
ou les râlements de torture
d’un autre siècle où mourir
était une leçon de morale
spectacle d’une cruauté
professionnelle et respectable

en certains points du globe
la cruauté depuis conserve son éclat

Paroles de métis (extrait)
Pour toi,
L’amour en robe rouge
L’amour en clé de sol
Au ras du soleil
L’amour en tout
Pour toi vers nous
L’amour aussi rare que l’or
Ou que l’air des villes mourantes
L’amour en croix
En cris en voix
J’étais si nu
Dans l’aurore fade
Qui nous colla
Son air fatal
Au ventre bleu
De nos désirs
J’avais vécu tant de nos êtres
En un silence
Heureux de naître
Avant de croire
Au ciel du cœur
Où ton beau corps
Sauve mon âme

Douce…
Douce une danse douce
retrouve nos sentiers d’enfance
et ses pas volent dans une allée de charmes

existe-t-il ce matin
qui brûlerait nos secrets?

L’instant rutile d’éternité…
angine de grésil au verso du soir
la nuit tire son échine du feu

cerceau de lueur
une fleur
chevauche le silence
dans les clairières du sang

Décès verbal (extrait)
pour me reconnaître au milieu du bétail
un détail
j’ai les yeux en croix
et les sanglots pleuvent sur les abattoirs
le cadran du cœur en sa cellule rouge
ronge son frein solaire
un serpent dans les entrailles
enquête sur le charivari
d’une nouvelle poétude sans père ni mère
consigne du festin vêtir ceux qui sont morts
pour hier ou demain pour la prochaine fête
on fabrique des ouvre-tête
d’ailleurs
le temps vient d’abolir le retard
d’ensevelir enfin les rêves sans saveur
de lyncher le scrupule notre peur d’avoir peur
victoire victoire
qui a crié victoire
pas facile de jeter l’ennui par dessus bord
quand les étoiles meurent au fond de la poitrine
jusqu’à la plante à bruits
profonde division d’attente
souffranciade en herbe alouette alouette
propagation de joie dans la moelle nubile
les ailes à l’embouchure des yeux surnagent
mais les plaies faussent vite le plan des songes
camouflent tout chant de haut-voltage
ah pouvoir parler l’argot des gens heureux
youp sur le mystère des chambres closes
bête à lumière noire
ma voix casse les noix du silence
fracasse la vitrine de l’ancien ciel
ô ma tête… sous les rouages de la Parole

Notice biographique
(La Doré, 27 avril 1938 — Montréal, 18 octobre 1995)
Gilbert Langevin fait ses études à l’Institut Leguerrier, où il obtient un baccalauréat en 1959. La même année, il fonde les Éditions Atys. Un an plus tard, il lance les Cahiers fraternalistes avec l’aide de François Hertel. Chargé de cours et d’animation à l’Université ouvrière de Montréal, il travaille également à la Bibliothèque Saint-Sulpice, aux Presses de l’Université de Montréal et à la Société Radio-Canada. Il collabore à de nombreux imprimés, dont  Liberté, La Barre du jour, Quoi, Hobo-Québec, Estuaire et Passe-Partout. Il organise des récitals de poésie et anime Le Bar des Arts (1964-1965). Il participe au spectacle Chants et Poèmes de la résistance (1971), est membre de la tournée Sept paroles du Québec en France en 1980 et se produit lors de la Nuit de la poésie en 1980. Pauline Julien, Offenbach et de nombreux chanteurs interprètent ses textes à partir de 1969. De 1976 à 1978, il est directeur adjoint des Éditions Parti pris.

De 1959 à 1995, Gilbert Langevin a publié une trentaine de recueils. Il a reçu le Prix Du Maurier pour Un peu plus d’ombre au dos de la falaise en 1966, le Prix du Gouverneur général du Canada pour Mon refuge est un volcan en 1978 et le Prix Alain-Grandbois pour Le Cercle ouvert en 1994.

D’après un texte de Katia Stockman pour le site Web L’île.

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