Un flirt avec l’indicible : la poésie de Jean Yves Métellus

Le poète montréalais d’origine haïtienne Jean Yves Métellus.

Élégante, spectaculaire et faste, sa poésie décrit le drame des sentiments, l’absurde beauté de l’existence, le goût de l’infini. Nocturnades publie aujourd’hui une entrevue avec le poète montréalais d’origine haïtienne Jean Yves Métellus, tandis que ce dernier travaille à la préparation d’un prochain ouvrage.

Nocturnades : Depuis quand écris-tu?
Jean Yves Métellus : Du mieux que je me souvienne, cela remonte à l’adolescence, soit vers 14 ou 16 ans.

N. : Comment es-tu venu à l’écriture ou, si tu préfères, qui t’a inspiré à écrire?
J.Y.M. : Mes premiers écrits sont nés après la lecture de lettres adressées à ma sœur aînée par des soupirants. Ces lettres étaient à mes yeux d’une telle beauté que j’ai eu envie d’en écrire à mon tour. J’ai ainsi commencé à griffonner mes premiers mots à valeur, tout au moins, à prétention poétique. Depuis, je ne m’en suis jamais lassé.

Ce qui m’inspire, c’est le drame des sentiments, la condition humaine, l’absurde beauté de l’existence, le goût pour l’infini. À l’intérieur de ces thèmes généraux, il y a certes des sous-thèmes, des possibilités d’approche, toutes sortes d’explorations langagières.

N. : Quelles sont tes principales influences?
J.Y.M. : Les influences? Je ne pourrais pas les nommer toutes. Il y a des poètes qui m’ont marqué, comme les incontournables : Baudelaire, Apollinaire, Hugo, Rimbaud, Prévert, Aragon… Et d’autres, comme René Philoctète, Césaire, Léo Ferré. Je cite Ferré ici, parce que, pour moi, il est avant tout un poète. Je dirais que lui et Césaire m’ont le plus influencé : Ferré par sa révolte; Césaire par son long chant. Je  pense à Cahier d’un retour au pays natal, où les mots coulent comme un fleuve interminable. Je pense que ce sont les influences les plus marquantes que j’ai eues.

N. : Qu’est-ce que la poésie pour toi?
J.Y.M. : La poésie est pour moi une quête, celle de « l’inaccessible étoile » comme dit Brel. C’est un désir de ralliement, un voyage vers l’inconnu, une musique intérieure et intemporelle, un souffle existentiel, un flirt avec l’indicible.

N. : Quel est ton but quand tu écris?
J.Y.M. : Mon but, s’il en est un, est le désir fou de retrouver l’autre au bout de chaque phrase.

N. : Quels sont les thèmes principaux de ton dernier recueil?
J.Y.M. : Dans mon dernier recueil, D’une rive à elles, il s’agit d’acrostiches qui disent justement le drame sentimental, la complexité et la beauté du nous. C’est aussi une démarche contemplative du regard de l’autre (le sexe féminin), l’éloquence de son sourire et toutes les petites étincelles qui, à son approche, provoquent en nous l’extase furtive ou essentielle dans notre longue marche existentielle.

N. : De quelle démarche procèdes-tu?
J.Y.M. : Ma démarche est très aléatoire. Je n’ai pas d’approche consciente, aucune certitude sur le plan de la forme ou du contenu. C’est d’ailleurs pourquoi mon écriture n’est pas tout à fait uniforme. Les mots viennent d’eux-mêmes, comme par enchantement. Je ne les cherche pas. Les émotions et les idées m’habitent, me dévorent, me déchirent, et les mots les expriment comme ils veulent. J’essaie toutefois de les ordonner, de les assembler et de les peaufiner. Je peux ainsi écrire n’importe où, n’importe quand. Je me réveille la nuit, par exemple, pour coucher sur papier des mots qui s’imposent à moi. Je prends une pause à mon travail pour aller cracher des mots qui me tiennent à la gorge. J’écris dans le métro. Je ne sais jamais à l’avance sur quoi je vais écrire ni comment. Et s’il m’arrive de le savoir au départ, le texte m’échappe toujours à la fin. J’écris dans l’incertitude la plus totale.

N. : De quelle façon ton exil d’Haïti ou ton arrivée en sol québécois a-t-il influencé ta poésie?
J.Y.M. :
D’Haïti à Montréal, en passant par les États-Unis où j’ai vécu quelques années, le souffle poétique est devenu plus court. Ce ne sont plus les longs chants, les textes fleuves comme Œil Profane qui naissent de ma plume. Bien sûr, j’écrivais déjà des acrostiches en Haïti, mais pas beaucoup de courts textes. Maintenant, mon écriture a changé. Elle s’est écourtée et j’ignore pourquoi.

Tout cela se situe sur le plan formel. Pour ce qui est du fond, je constate que les problèmes sociopolitiques, géographiques ou anthropologiques deviennent moins présents. Il est désormais beaucoup plus question d’ontologie, de spiritualité et du devenir de l’humanité. Je ne vois plus ma réalité qu’à travers un prisme mémoriel et cela diminue sa force de présence à travers mes écrits. Je suis comme en rupture de faune. Je ne m’abreuve plus à la même source. Il y a toutefois en filigrane l’aspect identitaire. Car, quelque soit mon lieu de résidence, je ne peux voir le monde qu’à travers mes yeux d’insulaire.

N. Quel sera le titre de ton prochain recueil et quels seront les thèmes que tu y aborderas?
J.Y.M. :
Je travaille sur plusieurs projets de publication. J’hésite encore entre un autre recueil de poésie et un recueil de nouvelles. Il se peut finalement que je choisisse le recueil de nouvelles dont le titre est Un homme de l’intérieur. Les textes se rapportent beaucoup à la condition humaine, à la vie intérieure d’un individu, à sa quête personnelle dans un contexte sociopolitique et culturel tout à fait absurde. Beaucoup de ces textes ont été écrits en Haïti.

Le recueil de poésie D’une rive à elles, composé d’acrostiches de prénoms féminins, vient d’être publié aux Éditions Première Chance. Jean Yves Métellus sera présent au Salon du livre de Montréal, le mercredi 14 novembre à 20 h afin de participer à une séance de signature.

Pour terminer, voici deux échantillons représentatifs de la poésie de Jean Yves Métellus :

Esquisse
Les paquebots du désir

descendent les côtes de l’errance
Tu attends au port
emmurée de soupirs
Les yeux avides de soleils
de papillons, de vols d’oiseaux
Le cœur noué de doux secrets

Des enfants enchantés
surgissent d’un jardin suspendu
et te ramènent
à des souvenirs indélébiles
Tandis qu’un couple
débordant de joie
te sourit

Rassurée
de l’urgence de l’osmose
tu dessines deux cœurs
sur la paume de ta main
Je te rejoins alors
dans l’univers intemporel

Nous n’avons rien omis
de la magie du silence

Sans titre
Fait promesse de serres
L’île en pâture dans ta mémoire
O long empâtement fœtal
Ravissement du miroir
Audible par ton sourire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s