Vente trottoir (Nathalie Boisvert)

Vente trottoir
Des filles en talons hauts, en talons aiguilles
dansent
en plein cœur de la rue
pour rien
pour rire
pour participer

empoisonne

il ne gagne pas ne gagnera jamais.

Des robes criardes, invendues, trop moulantes
des sous-vêtements de satin vert
des accessoires de cuisine :
la découpeuse de concombre éclair
la peleuse de pommes à poignée
le moule pour faire des œufs carrés
le détecteur de pensées coupables à infrarouges
la tronçonneuse de pensées irrationnelles
le sectionneur de pulsions sexuelles incontrôlables.

Des femmes trop grosses saucissonnées dans des leggings roses 
et des camisoles affriolantes comme de la barbe à papa.
Des femmes aux épaules frêles, aux épaules rentrées, 
aux visages de condamnées.
Des hommes torse nu tanguant comme des bateaux naufragés.
Des enfants à bouche baveuse hurlante avec le piton collé 
attachés dans leur poussette comme des torturés.
Des vieilles avec un masque d’ahuries joyeuses
et un disque qui saute à la place de phrases cohérentes.
Des alcooliques assumés soudés à leurs bancs comme une certitude.
Des préadolescentes et des préadolescents aux hormones paroxystiques,
aux angoisses titanesques qui s’exposent à l’univers en répétant :
est-ce que le soleil va nous casser?
est-ce que le soleil va nous casser?

Des femmes voilées.

Des chauves bedonnants avec des chemises roses bien repassées
des cernes de sueur sous les bras, des cellulaires intarissables, 
des bas gris, des souliers vernis, des pantalons à plis.
Du parfum de dragon de pharmacie apprivoisé de force un dimanche soir
après une dispute conjugale pour essayer d’amadouer.

L’auteure dramatique, disjonctée, décalée et vaguement décadente
qui parle toute seule dans son téléphone
et tout le monde s’en fout.

Un pauvre type suant sous une mascotte orange
poilue, graisseuse, vaguement animale et aussi peu ragoûtante
que la pizzeria qu’il représente.
Des rockers en épaules tatoués comme autant de demi-dieux grecs tragiques attendant la mort par couteaux à cran d’arrêt, overdose de crack ou de femmes, 
il n’y a que trois choix, sinon il faut payer le supplément.

Soupe humaine.
Cacophonie cosmique.

Explosion d’épidermes
de tissus, de plastique
chairs, plantes, roches, mammifères, boue
tous broyés dans le collimateur impitoyable
classés, nommés, étiquetés par pays d’origine
sexe, classe sociale, poids, taille, mensurations

potentiel marquetable.

Tous, à rabais.

Égaux devant l’Acheteur.

— Nathalie Boisvert © 2014

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