Les téléphériques (extrait) (André Loiselet alias André Loiseau)

Les téléphériques

Les engrenages s’emboîtent les uns dans les autres
C’est la société mécanique dans une âme de métal.
Mais il est comme chez lui, en prison,
habité par cette présence qui l’étouffe
de toute sa routine, par cette éternelle horloge.
On est bien chez soi.
On s’approche une chaise.
On s’installe à une fenêtre,
le regard et le reste tendu.
C’est entendu?
Christ a dit,
dans un moment de colère :

« Les sourds entendent! »

Suivant à la lettre
la ligne d’horizon, du bout du doigt,
il aperçoit ceci :
huit téléphériques se promènent
fantômes carrés
laissant entendre un cliquetis de chaînes.
On peut sentir, dans l’air de rien,
une forte odeur d’huile et de cambouis.
Par les ouvertures,
de fines jambes,
bellement savoureuses,
précieuses jambes animales,
gambadent dans le vide,
cul par-dessus tête.
Des mains énervées les frottent,
les claquent,
les pincent
jusqu’à ce qu’elles en prennent,
les cuisses dodues,
pour leur argent,
une couleur de crabe, surpris,
ventre à terre,
à forniquer comme un lapin.

Une petite fille de treize ans,
depuis hier,
saute à la corde,
puis,
saute par une fenêtre,
piaillant,
comme l’oisillon tombé du nid :

« Au viol ! Ma pureté s’envole, pis moi itou. » […]

— André Loiseau, Le mal des anges, Éditions Parti Pris, 1968 (publié à l’époque sous le nom de plume André Loiselet), © tous droits réservés pour tous pays.

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