Lumineuse Chloé Sainte-Marie aux Contes à rendre

Chloé

J’ai eu le plaisir et l’insigne honneur de recevoir celle qui a fait de sa voix la harpe des poètes, Chloé Sainte-Marie, lors de ma chronique De parole et de lumière, diffusée dans le cadre de l’émission Les contes à rendre (Radio Centre-ville, 102,3 FM à Montréal et partout dans le monde sur Internet [www.radiocentreville.com]).

Chloé Sainte-Marie donnera deux représentations de son spectacle À la croisée des silences, à la cinquième salle de la Place-des-Arts, à Montréal, les 24 et 25 avril 2015. Son dernier opus, l’album éponyme, composé de deux cd et d’un élégant livre, est offert chez tous les bons disquaires. Vous pouvez également vous le procurer, en tout ou en partie, en format téléchargement sur iTunes.

À la croisée des silences est le septième album de la chanteuse. L’artiste a récolté de nombreux prix et de nombreuses distinctions depuis son incursion dans le domaine de la chanson, dont deux Félix.

Émission intégrale du 16 avril 2015 en format MP3

Entrevue Chloé Sainte-Marie du 16 avril 2015 en format vidéo

 

 

L’Absent (Fernand Ouellette)

L’Absent
Sensible ou non aux âges,
Je reste un fils
Lorsque parfois je retrouve
Ma propre enfance. Conquérante.

Et je reprends ma vie
Avec sa lourdeur,
Avec la fatigue de celui qui subit
Le temps, en témoin désarmé
De ce qui s’exténue en lui.
Errant toujours en quête
D’une présence,
Même au fond de la rose des vents.

Suis-je un père
Perdu par et pour le fils ?

Et pourtant, je tiens l’absent avec tout mon être
Jusque dans la mémoire des bras,
Jusque dans son propre affolement,
Sa détresse
Lorsqu’il prenait conscience
De marcher à côté de son rêve.

Je vais sous l’azur,
À pleins regards, à pleins souvenirs,
Tout orienté vers une forme, une icône,
Tout oreille pour une voix qui pourrait surgir
Un jour à la croisée des silences.

— Fernand Ouellette, Éditions du Passage, 2010.

Ce qu’il faut dire (Bruno Roy)

Ce qu’il faut dire
Je suis folle à la mesure de l’instant
Je chavire
Je délire
Je dérive

Je vole en éclat de soleil
J’habite une joie
Très abîmée de douleur

Je n’ai que mes troubles
Pour vous tendre la main
Je n’ai que ma brûlure
Pour marcher avec vous
Je n’ai que les ruines de la mort
Pour devenir vie
Je n’ai que moi-même pour tout dire
L’ombre à mon cou
Je n’ai pas peur
Non je ne me retournerai pas
J’irai chercher dans tes mains
Ce courage qui t’a fait

Oui j’irai par un jour de lumière
Apprendre à mourir
Pour me rapprocher de moi
Pour me rapprocher de toi
Pour dire ce qu’il faut dire

— Bruno Roy
(récitée par Chloé Sainte-Marie sur son album Je marche à toi)

Ce qu’il faut dire (Bruno Roy)

Ce qu'il faut dire

Ce qu’il faut dire
Je suis folle à la mesure de l’instant
Je chavire, je délire, je dérive
Je vole en éclats de soleil
J’habite une joie très abîmée de douleur
Je n’ai que mes troubles pour vous tendre la main
Je n’ai que ma brûlure pour marcher avec vous
Je n’ai que les ruines de la mort pour devenir vie

Je n’ai que moi-même pour tout dire
L’ombre à mon cou, je n’ai pas peur
Non, je ne me retournerai pas
J’irai chercher dans tes mains ce courage qui t’a fait
Oui, j’irai par un jour de lumière apprendre à mourir
Pour me rapprocher de moi
Pour me rapprocher de toi
Pour dire ce qu’il faut dire

Chloé Sainte-Marie, album Je marche à toi (paroles de Bruno Roy)

Les noires poésies d’Yvon Jean

Au pic pis à pelle
Ben pardu dans grand ville
Y s’charche pis y s’trouve pu

Y’a comme un vide, qui s’chime pas
Y sait pu où y’est rendu, c’t’allant

Y praye su un bord, chie su l’autre
Dérapaillé-vivant, enfirouapé dans son pas-pays

Pis c’te nuite, y’a é sentiments par en d’dans
Le coeur su’a Main, l’estomac su’l camp

Y’envale ben d’travers son p’tit Québec
Lui si y flashe à gauche, y tourne toujours à droite

Le poète montréalais Yvon Jean tenant dans ses bras son recueil Noires Poésies (Teichtner, 2008).

Le poète montréalais Yvon Jean tenant dans ses bras son recueil Noires Poésies (Teichtner, 2008).

Y s’souviens de c’qui devra pas
Y pense à tout c’qui éta pas
Y ressout en ressuant
La goutte au nez
La broue dans l’toupet
Rien que su’un runner
T’a besoin d’marcher drette

Front-moé d’la broue, j’te clair au check

Prêtre-nu-pied, de corps lâche, d’étole
De soeur grise à trois étages
D’étable-penché

Va falloir payer l’bourgeois
On va mettre un homme là-dessus

R’gard lé ben aller toé
Y décolle, chire dessours
Rien que su’une gosse, ben stompé
La palette au plancher

Su un moyen temps
Pogne une panse de boeuf
Y vas-tu r’virer l’croche?
Su’é chapeaux d’roues
Ça vire en gériboire
Y vois même sa licence

Ça compresse dans basse
Son crank y cogne
Y’a l’steak saignant
Pour lui y’a pu d’espoir

Quand t’est né pour un p’tit pain
Tu fais pas des sandwiches à tout l’monde

Mais y’a une colonne
C’pas une feluette
C’pas un mollusque
C’t’un homme faite

Baratte à beurre, de St-scie-croche
De jus d’bras, de grand escogriffe
De maudit frâchier, de fils d’habitant

Qu’un p’tit colon d’Guérin, d’ben au nord
Du fin fond d’un rang

Élevé à grand coups d’mornifles
D’coups pieds au cul
Né dans une grange
Journaux din craques
Manger des pétakes
Dans les couverts de chauyières

Y’a sumé tant, y’a treillé tôt, y’a trimé dur
Y’a faite un homme avant sa mère
L’bonhomme après lui, y décampe à 13 ans

Y’a bûché, y’a dravé
Dam and drill
Elliot Lake, Blind River
Au godendart, à l’égoïne, au boxa
C’ta avant la chain-saw

Y’en-as-tu équarri du bois
Pour c’té têtes-carrés d’bourgeois

Y’a faite c’qui a pu, ben manque
Y’a faite c’qui aurait pas dû

Y’arrive en ville
Faubourg à m’lassement

Marche su est tables
Au Main café
Orgueilleux, fier-pet
Tout l’monde envoyant chier
De son regard défiant

V’nez-vous en mes drôles
Maudit frâchier d’Robert Jean

Allez dont toutes sù l’bonhomme
y’ont frappé l’eux homme

Y s’coltaille, y bauche
Y s’tiraille, y galvaude

Y boira sa peine, son dédespoir
Noiera ses rêves, y’a pu d’espoir

Dans sa vie, y fa gris, l’temps s’crosse
Y’é pu ben jeune, tant pluvieux

Tricoté-serré, y perle pas fancy
Y bois pas sa bière le p’tit doigt en l’air
Pas cultivé comme un légume
Pas trop culturé
C’t’un homme du peuple, y’average drette

Fac ça fa pas Proust quand y pète

Betôt, l’soleil reluira qui s’disa
Bout d’viarge, de Ste-canice de corps-lâche-nu-pied

Mais là y’en a sa claque
Y’é tanné
Y s’possède pu d’être dépossédé

Ti-t’homme qui tousse, à soir, y’a l’moton
La coupe est pleine, y’étouffe
Y s’est ben faite avoir
Y’ont trop mis d’eau dans son vin
Y s’est ben faite fourrer
Y s’est ben faite dépayser

À coups d’pic pis à pelle
Y’a gravouillé, y’a vargé

Y’a tout faite pour oublier

Mais dret-là ça passe pu
Ça accroche su est deux bords
C’ta trop étrette
Ses rêves sont-t’a trop gros
Faut ben crère

Y creya d’un pays
Rêvait d’une femme, d’une vie
On y’aura ben toute pris, même c’qui avait pas
Même c’pays-là

Ti-t’homme à soir, y tousse fort
Y crache, y vomit
Toutes ceusse qui l’ont r’viré d’bord

Encore une gorgée mon homme
R’envale ta peine
Noé-moé tout ça

Ça passe croche
Ça passe tough
R’envale encore et toujours
R’envale ton pays, tes amours

Pour un jour
Aller su toutes vos tombes sa peine pisser
Pour être sûr que vous êtes ben toutes morts

Ti-t’homme qui tousse à un fils
Un espèce d’aussi grand énergumème d’escogriffre

au pic pis à pelle

Poète de la rue, des sans-paroles, des exclus
Qui s’déclament

Pis c’fils là, ben c’est moé
Pis c’est moé qui vous parle à vous autres icitte à soir
Qui vous crie tout c’te désespoir
De ces hommes sacrifiés

De ces talents mis d’côté
De tout ces indécouverts de la vie-poètes

Moé aussi j’tousse, j’prends mon trou
J’m’assis d’ssus, pis j’m’étouffe

Que trop souvent Nelliganisé
J’aimerais ça faire un Richard Desjardins d’moé
Mais ça passe pas lousse

Mais j’ai des rêves en calvaire
C’t’une manière de vice

Moé aussi, j’envale la vie ben d’travers
Ma poésie, je vous bûche, je vous call, je vous crie
Au pic pis à pelle, vous avez pas fini

Mon père c’t’a un colon mais pas un colonisé
Y’a marché drette, la broue dans l’toupet

Y’a bu sa vie, ses défaites
Y’étouffait, y’a tout faite

En son nom, en ses rêves
Vous m’tairez-pas mes ciboires

À grands coups d’poèmes pis d’désespoirs
À grands coups d’pic pis à pelle

J’va vous en pelleter en sacrament des nuages
J’va vous en faire des sparages

Tant qu’il y aura la liberté
La vie

Le droit de rêver
La poésie

Les petites mains
Les petites mains sont fortes, puissantes
Elles travaillent durement la pierre
Ratissent les champs dès l’aube levante
Cueillent le coton sans chigner guère

Le poète Yvon Jean lors d'une prestation publique.

Le poète Yvon Jean lors d’une prestation publique.

Sans elles vous seriez fort moins bien
Elles assurent votre industrialisé confort
Votre café ne goûterait plus rien
S’il n’avait pas ce goût de conquistador

Elles s’activent sur la planète, un peu partout
Façonnent à votre gré tout vos sombres jouets
Elles vous appartiennent, un poing c’est tout
En plus porteront l’odieux de votre rejet

Vous les méprisez ces petites mains
Qui bâtissent vos riens, vos vies
Pire même, vous niez leurs destins
Étouffez leurs moindres pleurs, cries

Mais c’est bien vous qui les exploitez
Par votre proverbial je-m’en-foutisme
C’est bien aussi vous qui à petit feu les tuez
Bien déculpabilisés, derrière votre réconfortant altruisme

Elles suent, dans vos champs, vos mines
Se tuent à n’en plus vouloir vivre
Ont trop souvent fort mauvaises mines
Font tout, tout pour, qu’au fond, survivre

enfants travail

Les petites mains n’écriront jamais
Ni ne connaîtront la tendresse d’un toucher
Masturberont les touristes sexuels à souhait
Pervers éjaculat d’un monde insensé

Les petites mains vieillissent vite ainsi
Ont leur coupera alors le pouce
Pour mieux entrer dans les souliers Nike
Assurant le confort des pieds que vous êtes tous

Elles n’auront point de temps à essuyer larmes
Trop prisent quelles sont, sous votre emprise
À porter vos rêves, brandir vos armes
Défendre votre monde qui tant les méprise

Pour bijoux n’auront qu’ecchymoses et cicatrices
Ne joueront jamais avec les jouets quelles fabriquent
Trop occupées à n’être que poupées d’injustice
Vous vous en laverez les mains, question de fric

Les petites mains manieront encore demain machines
Sans cesse fabriqueront toutes vos choses inutiles
D’un bout à l’autre de vos continents-usines
S’affaireront à construire votre monde tant futile

Sans relâche elles encore s’acharneront
Pour vous, vos rêves, leurs cauchemars
Mais les tables bientôt tourneront
Elles tenaient, ce soir, en vous en faire part

Toute l’énergie négative ainsi générée
Espérons, vous reviendras au visage
De ces petites mains soumises, esclavagées
Enfin, sentirez-vous toutes leurs rages

Les petites mains en ont pleins les bras
Elles en ont assez de votre répugnante face
Vous étranglerait, mais ne peuvent pas
Trop occupées a manufacturer vos interfaces

N’ont même plus la force de lutter
Mais serrent les poings, encore tard la nuit
Rêvant d’un jour être libérées
Désassujettis, de vous affranchis

Les petites mains inaperçues passent, dans l’oubli
18 000 enfants meurent de faim chaque jour
Un à chaque cinq secondes mes amis
Il faut arrêter ce génocide de l’amour

Allez courage poètes opprimés
De tout temps déjeté, exclus
Il ni y a que vous qui puissiez ce monde changer
Aidez vos sœurs et frères ainsi perclus

Vous qui avez pouvoir de plumes
Mains tendez leurs, force mots
Faites de leurs jours, fuir écumes
Parlez nous d’eux, décriez les haut

Clamez leurs noms, éternités
En vous avez, encre infini
Laissez couler, feuilles, papiers
Libérez enfin de ce pas…leurs mains…leurs vies…

…Libérez leurs rêves…
Leurs… poésies

Yvon Jean

Yvon Jean en pleine action.

Démesure
Au loin surgissent, sombres nuages, menaçantes peurs
À fond chargées, corps fondant, tempête s’abattra
La multitude se sauve, tonnerre gronde, s’unit, pleure
Ultime puissance toutes et tous emportera

Ne restera plus un cri, par coeur morts seront
Débattez-vous donc, soyez plus ainsi
Moi je suis seul contre tous, qu’une exhortation
Poésie de frayeur, suis ma route, trace ma vie

Brûle-moi de ta flamme, éclaire ma déraison
Je veux me retrouver en toi poète maudit
Contre marées et vents d’autrement, je t’en supplie

Foudroie-moi, électrocute ma plume, illumine-moi
Au creux de tes bras je n’aurai plus jamais peur
Démesure-toi à moi, je t’attends sans broncher…

Poétise-moi.

Chers éditeurs chers

Vous me dites que point ne sont prêts mes textes
Je vous réponds qu’arbitrairement ainsi rejeté me faites
Finalement, quel compliment de qualifier mes poèmes de textes
Car si ma Poésie ressemble à la vôtre, quelle défaite

Jamais ne me plierai plus encore, m’aplaventrirai
À attendre que vous décidiez, ce fort aléatoirement
De peut-être, au goût du jour, de miraculeusement me publier
Alors que les plus grands, n’ont jamais été reconnus de leur vivant

Vous ne me Nelliganiserez pas, chers Éditeurs chers
Vos méthodes d’évaluer l’intangible, l’insondable
Revisées devraient être, mais n’en avez que faire

Bien oielllèrisés dans tout ce que vous croyez être
Cataloguant tout, vous cherchez le vendable, le faisable
Alors que la Poésie n’en a que faire de votre loi du paraître

Sachez que je ne ramperai plus devant vous
Que le temps son œuvre fera, obligatoirement
Et qu’un jour la vie se chargera de vous, de tout

Qu’alors Parole me sera donnée, enfin, triomphalement
Que ma Poésie résonnera, à tous azimuts, hors de tout doute
Mais qu’aussi alors serai mort assassiné, depuis fort longtemps…
…Par votre doute

À propos d’Yvon Jean

Le recueil Noires Poésies a été publié en 2008 aux Éditions Teichtner.

Le recueil Noires Poésies a été publié en 2008 aux Éditions Teichtner.

Poète de la rue, des sans paroles… des exclus : voilà comment il se décrit depuis la première fois où il est monté sur scène.

Yvon Jean revient de très loin; marginalisé, il a connu la rue, mais il n’a jamais oublié son rêve : devenir un jour poète.

Et pour la première fois depuis 2006, il a récité sa poésie lors d’une soirée SoloVox, animée par son grand ami et poète Éric Roger, sans qui d’ailleurs tout ce qui suit n’aurait pas été possible, dit-il.

Plus de 200 apparitions sur scène plus tard – Slam-session au local de l’Archie, soirées SoloVox à L’Escalier et ailleurs, Quai des brumes, In Vivo, Derniers Humains, micro libre de l’ATSA, Macadam tribus, Cabaret Résolu, Slam Jam Collectif, Nuit de la poésie Anarchiste, Festival Voix d’Amériques, Slam Chaud, Martimots Dits, Nuit des sans-abri – et après 30 années d’écriture à son actif, Yvon Jean a vu son premier recueil-CD, Noires Poésies, paraître chez Teichtner en 2008. Il travaille présentement avec acharnement à sortir son ultime recueil en 2013.

Sa poésie est tantôt classique, tantôt urbaine ou carrément joual, versifiée, de facture assez sombre, mais toujours porteuse de lumière, dénonciatrice, donnant la parole aux exclus de ce monde. Son éditeur le qualifie d’heureux mélange contemporain entre Gauvreau et Jean Narrache, inventant des mots, réinventant le joual.

Il a également coanimé plus de 150 émissions de radio (Les contes à rendre sur les ondes de CHOQ-FM, à Montréal) et coanime actuellement une émission du même nom à la station Radio Centre-Ville (102,3 FM) de Montréal, où il présente une chronique sur la poésie intitulée Poétiquement autre.

Il a aussi fait sa marque dans le slam, remportant la victoire lors de quelques soirées. Pour le public, c’est toujours un électrochoc : il entre comme en transe, se sentant enfin vivre, exister. Voyez vous-même sa performance à la Première Chaîne de la Société Radio-Canada dans le cadre de Slam Macadam.

Yvon Jean a également vu un de ses poèmes publié dans le livre de Mario Proulx (journaliste, réalisateur et animateur de radio), Vivre jusqu’au bout, tiré de la série radiophonique qui a été diffusée à la Première Chaîne de la SRC. Son poème Vivre jusqu’au bout, mourir autrement a été publié aux côtés des textes de Jim Corcoran, Clémence Desrochers, Daniel Lavoie, Pierre Légaré, Chloé Ste-Marie et Roger Tabra. Vous pouvez accéder à la bande audio de ce poème.

Yvon Jean est également présent sur YouTube.

Par la force de sa plume et son style percutant, Yvon Jean se distingue et laisse sa marque de façon indélébile et fort singulière au sein de la poésie québécoise actuelle.

Publié en novembre 2008 chez Teichtner, Noires Poésies est en Collection Nationale à la Grande Bibliothèque et à la Bibliothèque Marie-Uguay. Le recueil est épuisé après avoir vendu plus de 300 exemplaires. L’éditeur, Claude Hamelin, l’a pris sous son aile, adorant sa singulière poésie. Il compte publier un prochain recueil cette année et vise cette fois les grandes maisons d’éditions. En 30 ans, il a écrit plus de 1 000 poèmes, dont près de 400 en vue de publication. Enfin, mentionnons que depuis mars 2013, Yvon Jean coanime la série SoloVox webtélé en compagnie d’Éric Roger.

En qualité d’invité, Yvon Jean participera à la soirée SoloVox du 27 mars 2013, laquelle sera consacrée au regretté Gérald Godin.

Éric Roger présente les soirées SoloVox le dernier mercredi de chaque mois au bar L’Escalier Montréal, 552, rue Sainte-Catherine Est, avec le concours de ses commanditaires : les Éditions David, les Éditions Triptyque, les Écrits des Forges, les Éditions du Noroît, les Éditions Prise de parole et les Éditions de l’Hexagone.

Lettre à la dame de coeur

Chloé Sainte-Marie

Très chère Chloé,
Magnifique Chloé,
Splendide Chloé,

Tu me pardonneras la hardiesse de ce billet doux et ce tutoiement effronté qui ne me ressemble guère, mais, depuis quelque temps, je suis obnubilé par ta voix et les mots qui l’habitent. Je suis en proie à ton envoûtement et je n’ai nulle envie d’y échapper. J’ai donc l’impression de te connaître intimement.

Je ne te cacherai rien : la  rumeur de ton succès a mis un temps très long à m’atteindre. Lorsque je me suis enfin procuré Je marche à toi, c’était pour l’offrir à ma conjointe. À l’époque, je me faisais une religion de n’écouter que des musiques instrumentales. Et un bon jour, en tendant l’oreille vers ta voix, le goût des mots m’est revenu, tout comme une marche dans les rues de l’enfance fait resurgir les souvenirs heureux des jours d’insouciance.

Je disais donc m’être procuré Je marche à toi pour ma conjointe. Il n’y a pas eu de coup de foudre. Après plusieurs écoutes répétées, le disque compact a longtemps dormi sur l’étagère. Puis, il y a moins d’un an, je l’ai inséré de nouveau dans le lecteur. Il y avait si longtemps que je l’avais écouté que j’avais l’impression de le « réentendre pour la première fois ».

Ici, il me faut te faire une autre confession : au départ, ce n’est ni ta voix ni la langue des poètes qui a retenu mon attention, mais la qualité de l’enregistrement. Le « piège » de la poésie s’est ensuite doucement refermé sur moi. Les mots devenaient plus que des mots : ils étaient musique, cinéma, fresques, parfums, paysages, doux vertiges, vagues dans le ventre, larmes au coin de l’œil, doux feu au fond du cœur. Les mots des poètes transpercent notre âme et bercent notre tendresse. Ils révèlent la profondeur de l’humanité en nous. Ils nous accompagnent de l’aurore à l’aube et visitent même notre sommeil.

Maintenant que les Gaston Miron, Patrice Desbiens et autres Bruno Roy — pour n’en nommer que trois — ont cessé d’être de simples noms dans un livret, maintenant qu’ils sont les compagnons de mon quotidien, je me prends d’une vive affection pour ta voix de feutre et tes syllabes ciselées comme des joyaux. Si les yeux sont le miroir de l’âme, ta voix en est le mode d’expression privilégié. J’entends battre ton cœur au creux de ton chant. J’y décèle ta noblesse d’esprit et je comprends que tu aies accompagné le grand Gilles avec tant de grâce et de dignité pendant tout le long combat qu’il a livré à la maladie. Je comprends aussi ta détermination à plaider la cause des aidants naturels.

Je fréquente ton œuvre depuis peu et il me reste beaucoup à découvrir, mais tu m’as déjà donné une très grande leçon : le bonheur est une chanson poétique de Chloé Sainte-Marie, et ta voix est la harpe des poètes. Depuis que tu es entrée dans ma vie, très chère Chloé, je « n’entends » pas la fin du monde, je « t’entends ».

D’un admirateur avec un très grand A.

Cliquez ci-dessous pour visionner le clip officiel de la chanson Toi la mordore de Chloé Sainte-Marie (album Parle-moi [2005], paroles de Roland Giguère et musique de Gilles Bélanger).

Je marche à toi

En cette fête de la Saint-Valentin, Nocturnades marque le coup en vous offrant Je marche à toi, une chanson que Chloé Sainte-Marie a enregistrée à partir d’un extrait du poème La marche à l’amour de Gaston Miron. Dans la vidéo que nous vous proposons, Yann Perreau prête sa voix à l’homme rapaillé.

Joyeuse Saint-Valentin à tous. Faites l’amour, pas la guerre!