Visite à Gaston Miron (21 novembre 2015)

Le samedi 21 novembre 2015, les Anges déçus ont rendu visite au plus grand poète de l’histoire du Québec. Compte-rendu en deux brèves vidéo.

Claudine Lippé lit Mon bel amour sur la tombe de Gaston Miron.

 

Robert Hamel lit Disparu, l’une des trois parties du tryptique L’escouade de l’immortalité, paru en 2013 aux Éditions de l’étoile de mer dans le recueil Les souvenirs ventriloques.

Jean Royer passe à table aux Contes à rendre

Le poète réputé Jean Royer, prix Athanase-David 2014 pour l’ensemble de son oeuvre, est passé à table dans le cadre de l’émission Les contes à rendre du 8 octobre 2015 sur les ondes de Radio Centre-ville. À cette occasion, il s’est livré avec beaucoup de générosité.

Émission Les contes à rendre du 8 octobre 2015

Je suis heureux, privilégié et honoré d’avoir reçu un homme et un artiste d’une telle qualité pour ma dernière entrevue aux Contes à rendre. J’en profite donc pour remercier cet acteur important de la scène culturelle québécoise des 50 dernières années d’avoir accepté l’invitation, et je lui souhaite de nombreux autres beaux moments de création.

J’aimerais également remercier tous mes invités qui, au fil du temps, m’ont fait cadeau d’un peu d’eux-mêmes et qui m’ont permis d’apprécier pleinement le rôle d’intervieweur. Je remercie Marc Lavoie de m’avoir tendu mon premier micro et de m’avoir fait découvrir le bonheur de la radio. Je remercie Nathalie Turgeon d’avoir balisé le terrain et de m’avoir encadré dans la préparation nécessaire à cette entrevue. Je remercie également mes collègues de la radio, Yvon Jean, Yvon d’Anjou et Akim Kermiche, qui m’ont épaulé au fil du temps. Je remercie Madame Minou d’avoir égayé nos soirées et de m’avoir fait sourire. Enfin, je remercie toutes celles et tous ceux qui m’ont encouragé, d’une façon ou d’une autre, dans mes activités radiophoniques au fil du temps.

Longue vie à Jean Royer! Longue vie aux Contes à rendre! Et vive la poésie!

Gilles Bélanger : l’âme des 12 hommes rapaillés

gille_belanger

12 hommes rapaillés

Qui donc peut affirmer avoir remporté le Félix d’auteur-compositeur de l’année en duo avec le légendaire Gaston Miron? La réponse : Gilles Bélanger, metteur en chansons des poèmes de notre poète national. Instigateur des albums 12 hommes rapaillés volumes 1 et 2 ainsi que de La symphonie rapaillée, le musicien se livre en entrevue lors de l’émission Les contes à rendre sur les ondes de Radio Centre-ville, 102,3 FM, la radio communautaire multilingue de Montréal depuis plus de 40 ans (avec la collaboration de Nathalie Turgeon à la recherche, Marc-André Lavoie à la régie et d’Akim Kermiche à la caméra).

Contenu intégral de l’entrevue en format vidéo (crédit : Akim Kermiche)

12 hommes rapaillés, le Making of

 

 

 

 

 

 

L’escouade de l’immortalité – partie 1 : disparu (Robert Hamel)

L’escouade de l’immortalité

Partie 1 : disparu

c’est un poète
c’est un poète disparu
un poète engagé
un poète enragé
un poète grand
un poète monument
un poète sacrement
il n’a pourtant jamais cru être porteur de poésie
il a toujours entretenu ce précieux doute
qui lui permettait de continuer à écrire
qui lui permettait d’être

sa poésie est fleuve
sa poésie est forêt boréale
sa poésie est rivière déchaînée
sa poésie est rafales
sa poésie est tourmente
sa poésie est insurrection
sa poésie est le pays mort-né
que nous n’avons pas su rêver
l’état d’urgence que commandent
nos existences mièvres
l’appel à la vie que nos cœurs
sourds d’espoirs et muets d’ambitions
ne savent entendre et dire

c’est un poète disparu
un poète endimanché
un poète dépareillé
un poète rapaillé
il a écrit au rythme du cœur du terroir
il a grandi à flanc de montagne
il a dormi dans le lit des rivières
il a occupé le territoire
il a mieux écrit qu’un peuple entier
il a mieux dit que tous réunis
il a marché à l’amour
il a écrit à la vie
à la mort

on l’a emprisonné
pour crime d’opinion et de conviction
pour cause de génie et de talent
et il s’en est allé
sans faire de vagues
sans faire de bruit
ce jour-là
il nous a tous bernés
ce jour-là
les drapeaux du pays ont pleuré
et depuis sa fin
nous l’avons trop peu lu
et bien trop oublié

Robert Hamel, L’escouade de l’immortalité – partie 1 : disparu, Les souvenirs ventriloques,  © Les Éditions de l’étoile de mer, juin 2013.

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Poème de séparation 2 (Gaston Miron)

Poème de séparation 2
Poème de séparation 2
Tu fus quelques nuits d’amour en mes bras
et beaucoup de vertige, beaucoup d’insurrection
même après tant d’années de mer entre nous
à chaque aube il est dur de ne plus t’aimer

parfois dans la foule surgit l’éclair d’un visage
blanc comme fut naguère le tien dans ma tourmente
autour de moi l’air est plein de trous bourdonnant
peut-être qu’ailleurs passent sur ta chair désolée
pareillement des éboulis de bruits vides
et fleurissent les mêmes brûlures éblouissantes

si j’ai ma part d’incohérence, il n’empêche
que par moments ton absence fait rage
qu’à travers cette absence je me désoleille
par mauvaise affliction et sale vue malade
j’ai un corps en mottes de braise où griffe
un mal fluide de glace vive en ma substance

ces temps difficiles malmènent nos consciences
et le monde file un mauvais coton, et moi
tel le bec du pivert sur l’écorce des arbres
de déraison en désespoir mon coeur s’acharne
et comme, mitraillette, il martèle
ta lumière n’a pas fini de m’atteindre
ce jour-là, ma nouvellement oubliée
je reprendrai haut bord et destin de poursuivre
en une femme aimée pour elle à cause de toi

Gaston Miron

Poème de séparation 1 (Gaston Miron)

Poème de séparation 1

Poème de séparation 1
Comme aujourd’hui quand me quitte cette fille
chaque fois j’ai saigné dur à n’en pas tarir
par les sources et les nœuds qui s’enchevêtrent
je ne suis plus qu’un homme descendu à sa boue
chagrins et pluies couronnent ma tête hagarde
et tandis que l’oiseau s’émiette dans la pierre
les fleurs avancées du monde agonisent de froid
et le fleuve remonte seul debout dans ses vents

je me creusais un sillon aux larges épaules
au bout son visage montait comme l’horizon
maintenant je suis pioché d’un mal d’épieu
christ pareil à tous les christs de par le monde
couchés dans les rafales lucides de leur amour
qui seul amour change la face de l’homme
qui seul amour prend hauteur d’éternité
sur la mort blanche des destins bien en cible

je t’aime et je n’ai plus que les lèvres
pour te le dire dans mon ramas de ténèbres
le reste est mon corps igné ma douleur cymbale
nuit basalte de mon sang et mon cœur derrick
je cahote dans mes veines de carcasse et de boucane

la souffrance a les yeux vides du fer-blanc
elle rave en dessous feu de terre noire
la souffrance la pas belle qui déforme
est dans l’âme un essaim de la mort de l’âme

Ma Rose Stellaire Rose Bouée Rose Ma
Rose Éternité
ma caille de tendresse mon allant d’espérance
mon premier amour aux seins de pommiers en fleurs
dans la chaleur de midi violente

Gaston Miron

Je t’écris (Gaston Miron)

Gaston Miron

Je t’écris
Je t’écris pour te dire que je t’aime
que mon cœur qui voyage tous les jours
— le cœur parti dans la dernière neige
le cœur parti dans les yeux qui passent
le cœur parti dans les ciels d’hypnose —
revient le soir comme une bête atteinte

Qu’es-tu devenue toi comme hier
moi j’ai noir éclaté dans la tête
j’ai froid dans la main
j’ai l’ennui comme un disque rengaine
J’ai peur d’aller seul de disparaître demain
sans ta vague à mon corps
sans ta voix de mousse humide
c’est ma vie que j’ai mal et ton absence

Le temps saigne
quand donc aurai-je de tes nouvelles
je t’écris pour te dire que je t’aime
que tout finira dans tes bras amarrés
que je t’attends dans la saison de nous deux
qu’un jour mon cœur s’est perdu dans sa peine
que sans toi il ne reviendra plus

Quand nous serons couchés côte à côte
dans la crevasse du temps limoneux
nous reviendrons de nuit parler dans les herbes
au moment que grandit le point d’aube
dans les yeux des bêtes découpées dans la brume
tandis que le printemps liseronne aux fenêtres

Pour ce rendez-vous de notre fin du monde
c’est avec toi que je veux chanter
sur le seuil des mémoires les morts d’aujourd’hui
eux qui respirent pour nous
les espaces oubliés

Gaston Miron