Une Saint-Valentin déjantée avec les anges et leurs invitées

POUR DIFFUSION IMMÉDIATE

 Montréal, le 9 février 2017 – Les anges déçus promettent à leur fidèle public une Saint-Valentin déjantée alors qu’ils déclineront érotisme et amour charnel de multiples façons le 14 février prochain au Bistro Le Sainte-Cath, comme en témoigne le thème de la soirée, L’amour s’envoie en l’air.

12240135_10207721323901896_7325289268768785964_nLa flamboyante Frédérique Marleau, qui vient tout juste de lancer son quatrième recueil de poésie, Je mets le feu à la nuit, paru aux Éditions Marjac le 15 janvier dernier, sera la tête d’affiche de cette cinquième soirée Des anges et des mots. Les anges ont arrêté leur choix sur Frédérique en raison de son érotisme percutant qui ne fait pas toujours dans la dentelle… et préfère souvent le cuir clouté!

384352_437095189655757_1268064372_nTrois autres poétesses invitées seront réunies autour des anges. Pascale Cormier, qui lançait l’an dernier un troisième recueil, Une cathédrale de chair, aux Éditions de l’étoile de mer, conjugue sentiments humains et érotisme avec une soif criante de vérité.

mel_bueMél Bué, qui a elle aussi lancé un premier recueil en 2016, intitulé MéliMémo, aux Éditions Empire Desmarais Lavigne, ravira le public avec des textes adroits et plein d’esprit.

16216185_1251096814981231_668620058_nEnfin, Sonya Deschamps complétera ce quatuor de choix avec sa plume élégante, étonnante et nuancée à souhait.

16244292_1867233496893071_1119514794_nPour souligner ce spécial Saint-Valentin déjanté, les anges ont décidé d’offrir à leur fidèle public un cadeau de choix. En effet, Cœur de Lyon charmera l’assistance avec un numéro burlesque qui rendra hommage à la spectaculaire Jessica Rabbit, icône sensuelle bien connue des cinéphiles.

À propos des anges déçus
LesangesClaudine Lippé et Robert Hamel ont formé les anges déçus en 2015. Claudine Lippé a remporté le premier prix du concours de poésie La rivière des Mille-Îles m’inspire en décembre 2015. Pour sa part, Robert Hamel a publié Les souvenirs ventriloques (Éditions de l’étoile de mer 2013). Outre de nombreuses lectures publiques et un recueil à deux voix en chantier, chacun nourrit des projets en solo.

À propos du Bistro Le Sainte-Cath
BistroEn phase avec la collectivité, Le Bistro Le Sainte-Cath (www.stecath.com) combine cuisine créative, scène artistique vivante et aide aux personnes marginalisées. Pour cette raison, le Bistro verse tous ses profits à un nombre important d’organismes communautaires et agit à titre d’incubateur d’artistes en proposant chaque année quelque 260 spectacles gratuits et variés.

Les anges déçus et le Bistro Le Sainte-Cath attendent le public en grand nombre le 14 février 2017 à compter de 19 h. Le Bistro est situé au 4264, rue Sainte-Catherine Est (métro Pie IX et autobus 139 Sud ou métro Papineau et autobus 34 Est). L’entrée est gratuite. IL EST FORTEMENT CONSEILLÉ DE RÉSERVER, SURTOUT EN CETTE SOIRÉE DE SAINT-VALENTIN : 514-223-8116.

– 30 –

Pour renseignements :
Robert Hamel
roberthamelap@gmail.com
514-831-8798

Rambo

rambo-1

 

13307252_1067094796647194_6008950600221974629_nPascale Cormier est écrivaine et traductrice. Depuis 2014, elle a publié quatre œuvres littéraires : trois recueils de poésie (La fille prodigue, 27 variations sur le thème du désir et Une cathédrale de chair) ainsi qu’un récit (Cendrier) aux Éditions de l’étoile de mer. Le texte ci-dessous a d’abord été publié sur la page Facebook de l’auteure.

Qui se souvient de la série de longs-métrages mettant en scène le personnage de Rambo, interprété par Sylvester Stallone? Si les trois derniers films de la série peuvent être vus comme de médiocres glorifications de la puissance américaine, le premier était tout différent. Soldat démobilisé et désabusé de la guerre du Vietnam, sacrifié par une bureaucratie cynique qui se soucie du sort des vétérans comme d’une guigne, Rambo, dont l’armée a fait une véritable machine à tuer, se révolte et en vient à détruire une petite ville, se retournant contre ceux qui l’ont délibérément sacrifié et n’ont jamais voulu l’entendre.

Depuis que le célèbre Bernard «Rambo» Gauthier a annoncé qu’il faisait le saut en politique, j’en vois beaucoup se gausser de ce personnage mal dégrossi qui tient un discours confus et vaguement xénophobe. Cela n’est pas sans rappeler l’annonce de la candidature de Donald Trump à l’investiture républicaine, qui a fait les gorges chaudes à l’époque. À gauche comme à droite, toute la classe politique, et tout ce que l’Amérique compte de citoyens éduqués et «engagés », a jugé risible l’irruption de ce trublion dans l’arène politique américaine, et personne ne lui accordait l’ombre d’une chance de se rendre à la Maison Blanche. On connaît la suite…

Si nous voulons freiner la montée de l’extrême-droite en Occident, il est urgent de tirer les leçons de l’élection de Donald Trump, sous peine de voir se multiplier les phénomènes du genre. Malgré tout ce que son discours peut avoir de rebutant, notre «Rambo» national met en évidence des problèmes bien réels qu’on aurait tort de prendre à la légère. Quoi qu’on puisse penser de lui par ailleurs, Monsieur Gauthier n’a pas tort d’affirmer que de plus en plus de Québécois sont «écœurés d’être écœurés». On peut juger excessive son affirmation selon laquelle nous sommes «au bord de la guerre civile», mais il est certain que de dangereux clivages sont en train de s’installer au sein la population, et que ça n’augure rien de bon pour l’avenir.

Donald Trump a été porté au pouvoir, d’abord et avant tout, par les régions déshéritées des États-Unis, véritables zones sinistrées de la mondialisation des marchés et de la désindustrialisation qui en a découlé. Il n’a pas été élu par la riche Californie, ni par l’ultra-moderne New York, la politicienne Washington ou les villes universitaires de l’Ivy League. Il a été élu par les laissés-pour-compte, les hillbillies méprisés, les cols bleus humiliés, la classe moyenne à bout de souffle – toute une Amérique depuis trop longtemps abandonnée par une classe politique affairiste et cynique et, plus encore, par des élites intellectuelles condescendantes dont les discours n’arrivent plus à rejoindre la population.

Bien sûr, «Rambo» Gauthier n’est pas Donald Trump : ce dernier est un milliardaire, magnat de l’immobilier, doublé d’une star de téléréalité, qui appartient donc à la fois à l’élite financière et à celle des médias, bien qu’il se soit présenté comme le candidat «anti-establishment». Tout le génie du personnage consiste à avoir pu faire avaler cette énorme couleuvre à l’électorat. C’est dire qu’un grand nombre d’électeurs américains étaient, eux aussi, «écœurés d’être écœurés», au point de s’en remettre au premier venu qui leur promettait de donner un grand coup de balai dans ces élites arrogantes, indifférentes aux problèmes et aux préoccupations des «gens ordinaires».

Notre «Rambo» national, lui, s’est fait connaître comme goon de la FTQ sur les chantiers de la Côte Nord, intimidant les travailleurs venus d’ailleurs – dont on considérait, à tort ou à raison, qu’ils «volaient» des emplois aux travailleurs locaux – ainsi que les entrepreneurs réfractaires aux règles syndicales. Les grands médias l’ont présenté comme une sombre brute mais, curieusement, la plupart des gens de sa région ont plutôt vu en lui une sorte de héros local. Seul contre tous, à la manière du Rambo cinématographique, il se battait bec et ongles pour les «gens ordinaires» contre une bureaucratie omnipotente et sans âme, et une classe affairiste véreuse et méprisante.

Contrairement à Trump qui, nonobstant son protectionnisme affirmé, penche très nettement du côté du néolibéralisme le plus extrême, d’inspiration libertarienne – moins d’État, moins de règles, moins de syndicats, tout pour le profit – les positions de «Rambo» Gauthier sont plus ambiguës, son passé syndical l’identifiant plutôt à gauche tandis que certaines de ses déclarations, notamment sur l’immigration, l’apparentent davantage à une droite identitaire intransigeante – et assez peu ragoûtante, vue de la cosmopolite et moderne Montréal.

Néanmoins, on aurait grand tort de balayer son discours du revers de la main. Ce que «Rambo» Gauthier exprime, de façon plus ou moins maladroite, c’est un immense ras-le-bol de nos concitoyens des «régions», et de tous ceux qu’on abandonne à leur sort et qu’on refuse d’entendre en discréditant par avance leurs propos, sous prétexte qu’ils ne sont pas conformes à ce qui est jugé «acceptable» par les élites intellectuelles, politiques et médiatiques. Nous sommes pareils à la proverbiale autruche qui, face au danger qui approche, s’enfouit la tête dans le sable dans le vain espoir que la menace va disparaître d’elle-même si elle cesse de la regarder.

Ce que «Rambo» Gauthier exprime, de façon plus ou moins maladroite, c’est un immense ras-le-bol de nos concitoyens des «régions», et de tous ceux qu’on abandonne à leur sort et qu’on refuse d’entendre en discréditant par avance leurs propos, sous prétexte qu’ils ne sont pas conformes à ce qui est jugé «acceptable» par les élites intellectuelles, politiques et médiatiques.

Bien entendu, les immigrants ne sont pas responsables du malaise des régions, ni d’une exclusion sociale dont ils font eux-mêmes les frais plus souvent qu’à leur tour. Mais toute l’histoire de l’humanité témoigne de ce qu’en période de crise, les populations tendent à chercher des boucs émissaires, et ceux qui les manipulent leur en fournissent complaisamment : c’est ce qu’on appelle de la «wedge politics», de la diversion pour rejeter sur un groupe facilement identifiable la légitime colère du peuple envers ses exploiteurs.

Depuis que nos deux référendums ratés ont sonné le glas de la Révolution tranquille au Québec, nous avons été abominablement trahis par une classe politique affairiste, cynique et méprisante, qui s’est mise ouvertement au service du grand capital contre les intérêts de la population. Nos régions sont exsangues, aux prises avec un chômage endémique et un désespoir grandissant. Or, tout ce que nos brillants politiciens ont trouvé pour «revitaliser» ces véritables zones sinistrées, c’est de saccager leur environnement à coups de pipelines et d’exploitations gazières qui empoisonnent la nappe phréatique en créant très peu d’emplois, ou de saupoudrer quelques projets pharaoniques voués à l’échec, comme cette ridicule cimenterie de Port-Daniel qui a engouffré en pure perte des centaines de millions de dollars de fonds publics.

On a modifié les règles de l’assurance-chômage pour en exclure les travailleurs saisonniers, sabré dans les subventions aux coopératives et aux petites entreprises, forcé les agriculteurs à céder leurs terres à des géants de l’agroalimentaire, et tout misé sur le développement des villes en favorisant les promoteurs immobiliers. Et chaque fois que nos concitoyens des «régions» tentent d’exprimer leur inquiétude en se demandant pourquoi on fait tant de cas de l’immigration tout en se souciant si peu de leurs propres malheurs, nous, du haut de nos tours d’ivoire intellectuelles et de notre arrogance de citadins, les traitons de racistes et nous payons méchamment leur tête. Et on s’étonne, ensuite, de ce que Montréal ait si mauvaise réputation en province, ou qu’on se méfie tant des intellectuels en dehors de la métropole!

Certes, les immigrants ne sont pas en cause dans le déclin des régions ni dans le drame des inégalités qui n’en finissent plus de s’aggraver. Néanmoins, est-on bien certain de faire tout ce qu’il faut pour intégrer les néo-Québécois à notre société si «inclusive»? Le gouvernement Couillard – peut-être le pire de l’histoire du Québec – vient encore de sabrer dans les programmes de francisation des nouveaux arrivants. Les politiques communautaristes d’Ottawa, qui favorisent bien plus la ghettoïsation que l’intégration, combinées aux politiques d’austérité de Québec, qui privent de ressources et de débouchés non seulement les immigrants mais l’ensemble de la société civile, représentent un cocktail explosif qui met notre tissu social en danger.

Nous pouvons juger risibles les maladresses et les contradictions du discours de «Rambo» Gauthier, mais nous avons le devoir d’y tendre l’oreille, par-delà tout ce qu’il peut avoir de rebutant. Autrement, nous ouvrirons la porte à un futur Trump québécois – un démagogue qui, demain, deviendra le fossoyeur des valeurs qui nous sont les plus chères, parce que nous n’aurons pas su les défendre ni, surtout, prendre soin des plus vulnérables d’entre nous. Par-delà le caractère fantasque et peu amène du personnage, c’est aujourd’hui que nous devons entendre son appel au secours.

© Pascale Cormier, le 9 décembre 2016

Réjean Roy aux Contes à rendre

Réjean Roy, éditeur de l'Arc-en-ciel littéraire et des Éditions de l'étoile de mer.

L’éditeur montréalais d’origine néobrunswickoise Réjean Roy était mon invité lors de ma chronique De paroles et de lumière dans le cadre de l’émission Les contes à rendre sur les ondes de Radio Centre-ville, 102,3 FM, à Montréal. À cette occasion, Réjean soulignait le lancement de 18 nouvelles parutions en novembre 2014. Pour écouter l’intégrale de cette entrevue et d’autres chroniques, cliquez sur le lien MP3 ci-dessous.

 

 

Furieux (Yvon d’Anjou)

Furieux
Furieux dans la lèpre de dépression
je baise des théories
maniaque de confusion
ton sang plus blond que la lumière
tresse trash truc
des odeurs de talc citronné
aux arpents clitoridiens
de mes yeux noirs et humides
bouche cellophane épiphanie
transparence du désordre
en beauté de profil
assassine le programme
formatons l’orgasme en terreur
de dégivre l’altesse des sources zébrées
on fera une corrida exténuante
dans le corridor à viande
en sonde diaphane
nous broierons les archanges
de la défaite en sonar obtus
par le blues de Moncton
maléfique et très adroit
habile comme une grenade de chair
entre les doigts
je me défile en grimace de victime inerte
dans le luminol de tes fluides
j’espère encore la guerre nocturne
de nos nerfs ficelés.

— Yvan d’Anjou, collectif de poésie Si tendrement dit, novembre 2014, © L’arc-en-ciel littéraire.

Prodigieuse fille prodigue (Pascale Cormier)

L'auteure Pascale Cormier en prestation lors de la soirée Micro libre du Chapeau noir, le 7 janvier 2014 au Bistro de Paris.

L’auteure Pascale Cormier en prestation lors de la soirée Micro libre du Chapeau noir, le 7 janvier 2014 au Bistro de Paris.

L’auteure Pascale Cormier était la poétesse invitée lors de l’édition du Micro libre du Chapeau noir du 7 janvier 2014, au Bistro de Paris, à Montréal.

Voici donc, sans plus de cérémonies, livrée pour vous, avec le concours de l’homme en noir, Yvon Jean, la fille prodigue : Pascale Cormier.

Yvon Jean, personnalité poétique underground de Montréal 2013

Le poète Yvon Jean (crédit photo : Jean-Claude Collet)

L’année 2013 s’est avérée fertile dans le milieu de la poésie underground montréalaise, et le poète, animateur (de soirées de poésie, de webtélé et de radio communautaire) et vidéaste-photographe Yvon Jean a été sans contredit l’une de ses figures emblématiques. Après avoir sondé le pouls d’un certain nombre d’artisans de la scène, Lune funambule lui décerne donc le titre de Personnalité poétique underground de Montréal 2013. Yvon Jean trône ainsi au sommet d’une liste qui inclut Pascale CormierYvon d’Anjou, les responsables du site Internet Poème Sale (Charles Dionne et Fabrice Masson-Goulet), Marjolaine Robichaud et Éric Roger.

Tout d’abord, une confidence : lorsque je me suis entretenu avec Yvon Jean afin de préparer cet article, j’ai grandement sous-estimé la tâche à accomplir. Tout d’abord, je me suis rendu à l’entrevue sans mon magnétophone numérique, introuvable et demeuré au fond d’une boîte depuis mon déménagement de décembre 2012. Ensuite, je n’avais pas conscience de certaines choses : de un, il suffit d’une question à l’homme au chapeau noir pour réaliser une entrevue de près d’une heure et demie; de deux, la vie de ce poète montréalais est un véritable roman déjanté digne d’un Victor-Lévy Beaulieu sur l’acide; de trois, il m’aurait fallu prendre des notes plus vite que mon ombre pendant l’entrevue; et de quatre, il allait s’écouler quelques semaines avant que je ne puisse rédiger ce texte, ce qui me compliquerait sensiblement la tâche.

Mais qu’à cela ne tienne, voici mon billet : un tournant majeur s’amorce en novembre 2012 lorsque le grand Yvon met un terme à une relation étroite avec la dive bouteille pour investir le champ de la poésie underground montréalaise. Noires Poésies, son premier ouvrage publié aux Éditions Teichtner quelques années plus tôt, refait surface au printemps 2013 avant d’être rapidement suivi de Au pic pis à pelle, un recueil en joual qui paraît aux Éditions Première Chance. Du même souffle, Yvon Jean se lance dans une nouvelle aventure avec SoloVox webtélé aux côtés de son complice Éric Roger. Suivra bientôt toute une série d’émissions qui meubleront les samedis après-midis de douteux.tv, la télé des délaissés, et un retour à la radio communautaire, sur les ondes de Radio Centre-ville, en compagnie des comparses Marc Lavoie et Yvon d’Anjou. Et le grand Yvon Jean ne s’arrête pas là : il institue — le mot est faible — ensuite les Soirées micro-libre au Bistro de Paris. Véritable marathon poétique « jusqu’à plus poètes » comme le veut l’expression consacrée, l’événement remporte en très peu de temps l’adhésion d’un grand nombre de poètes et de férus de poésie. C’est la cerise sur le sundae pour le poète originaire de la Rive-Nord.

Sans compter qu’Yvon Jean est devenu en quelque sorte le vidéaste « officiel » de la poésie underground à Montréal. Accompagné de sa fidèle partenaire, Sonia Bergeron, il n’est pas une soirée de poésie digne de ce nom qui n’ait été capturée sur vidéo ou criblée de photos au rythme infernal de ce Kid Kodak de la rime. Comme il le dit lui-même, « je vous filme gratis, mais si vous voulez pas être filmé, c’est 25 $ ». Yvon Jean compte maintenant plus de 1 000 vidéos de poésie diverses sur les chaînes YouTube et Dailymotion. Un véritable travail d’archivage de la poésie underground montréalaise sur scène, à la webtélé et à la radio communautaire.

Depuis qu’il a pris ses distances avec l’alcool, Yvon Jean est en mission commandée. Doté d’une énergie hors du commun — il semble ne jamais dormir —, planifiant ses activités des semaines, voire des mois à l’avance, l’homme rêve d’une révolution poétique. Il affirme d’ailleurs que l’écriture est un art accessible qui permet de réaliser de grandes choses avec très peu de moyens et donc, de ce fait, révolutionnaire. Et il se dit prêt à entraîner à sa suite une armée de combattants de la libre-expression.

De poésie et de fureur
Yvon Jean
revient de loin. Issu d’une famille qu’il qualifie lui-même de « dysfonctionnelle », son père, Robert Jean, un marginal qui avait souffert de la violence paternelle et qui carburait à l’alcool, était, malgré son manque d’instruction, un poète dans l’âme et un conteur hors pair qui réinventait sa vie à grand renfort d’histoires toutes plus abracadabrantes les unes que les autres. Jack of all trades et self-made-man, le père Jean était doté d’une force remarquable — à 12 ans, il venait à bout « d’hommes faites » lors de combats de boxe — et d’un pouvoir de persuasion peu commun. Capable de vendre de la neige à des esquimaux, il possédait un redoutable instinct de survie et était doté d’une intelligence innée des mécanismes. Sans autres études qu’une troisième année mais sans complexes, il pouvait réparer et assembler certaines machines sans connaître le nom des pièces.

Instable, il a pratiqué 56 métiers et trempé dans plusieurs histoires louches. Pour échapper à la violence de son père, Robert Jean avait quitté le domicile familial à 13 ans et était devenu bûcheron. Sa capacité de travail était impressionnante, mais un grave accident a mis fin prématurément à l’aventure. Seul dans le bois, un pied coupé, il croit sa fin arrivée, mais son cheval lui sauve la vie. Puis, il sillonne les routes et son existence ressemble un temps à un hybride road trip-film de gangsters qui aurait été coréalisé par Wim Wenders et Quentin Tarantino. Des années plus tard, il rencontre sa femme, une danseuse à go-go. Ce sera le coup de foudre. Les tourtereaux se marient et ont deux garçons. Mais bientôt, la violence et l’alcool entreront en scène. La vie de la famille Jean sera tout sauf un long fleuve tranquille.

Yvon Jean grandit lui aussi à coup de claques derrière la tête et de coups de pied au cul. Et quand il pleure, son père le traite de « fifi » et en remet. L’homme au chapeau noir aborde ses souvenirs d’enfance d’une façon anecdotique, mais semble se souvenir du moindre détail. Malgré un apparent détachement, on sent que les blessures ne sont pas toutes cicatrisées. Jeune, il est introverti, timide, timoré, voire effacé. C’est un solitaire qui passe de longues heures dans les bois, un loner, un EMO avant l’heure qui aimerait bien rendre la vie de sa mère moins difficile. À l’extérieur de la maison, le cycle infernal de la violence se reproduit : il est victime d’intimidation de la part d’un goon de la polyvalente.

Parvenu à l’adolescence, Nelligan et la poésie lui offrent une évasion et un exutoire aussi salutaires qu’indispensables. Il n’a que 16 ans lorsqu’il découvre à la fois la grâce et le malheur qui l’habitent : il consacre plus de 200 heures à l’écriture d’un premier poème lu devant un professeur de français incrédule. Estomaqué par la qualité du texte, l’enseignant soupçonne le jeune Yvon Jean de plagiat et demande aux élèves de se prononcer. Le poète en devenir en prend pour son rhume et récolte un maigre 60 %, une note inférieure à celle d’un autre élève ayant fait le récit d’une soucoupe volante qui atterrit dans un bol de soupe! Or, son talent, comme il le découvrira bien plus tard, lui vient d’une tante qui, comme lui, avait un penchant marqué pour l’inversion dans la syntaxe.

Décidément, on hérite tout de la famille : aussi, Yvon Jean quitte-t-il la maison familiale à l’âge de 18 ans. La petite vie rangée, très peu pour lui. Il rêve d’être poète. Il entreprend 1 001 projets : il s’adonne entre autres à la boxe, mais sa carrière sera de courte durée, car il refuse les avances de son entraîneur, un personnage influent du noble art montréalais de l’époque. Il s’astreint également à une rude discipline : il écrit un poème par jour pour sa blonde. Il estime avoir investi plus de 10 000 heures dans la pratique de son art.

Jeune adulte, Yvon Jean est confronté à ses démons intérieurs. Il habite un temps une chambre en ville et adopte l’uniforme des skinheads : vêtu de noir, tête rasée, il n’accepte aucun compromis, quitte à se nourrir uniquement de pommes de terre. Plus tard, il entrera au Garde-Manger, un OSBL, comme on entre en religion. Comme l’écriture, Yvon Jean aborde tout ce qui l’intéresse avec une ferveur quasi religieuse. Il reste 22 ans au Garde-Manger et ne compte pas ses heures. Il aurait d’ailleurs travaillé plus de 15 000 heures supplémentaires sans être payé. Qu’à cela ne tienne, l’homme est entier : il ne fait rien à moitié.

En marge de son travail, il se cultive en autodidacte et dévore les livres. Beaucoup de poètes, mais aussi des penseurs. Il nourrit son esprit comme d’autres nourrissent leur corps. Il se livre aussi à d’étranges pratiques, allant même jusqu’à passer six mois sans adresser la parole à qui que ce soit. Entre-temps, il tente de trouver le courage nécessaire pour monter sur scène et déclamer son art, mais peine à y parvenir. Éventuellement, une collègue de travail lit un de ses textes lors d’un événement de poésie. Lorsqu’elle téléphone à l’auteur pour lui relater l’expérience, il éclate en sanglots.

L’alcool aidant, il vaincra ses craintes lors d’une soirée SoloVox avant de quitter la scène et la salle en coup de vent. Éric Roger le remarque aussitôt. C’est le début d’une amitié indéfectible.

En 2005, une rupture amoureuse le plonge de façon radicale dans l’alcool. « J’avais décidé de devenir alcoolique », dit-il, tellement la douleur lui était insupportable. Il ingurgite des quantités industrielles d’alcool et sombre dans des comas éthyliques. En une seule année, il sera hospitalisé à plus de 50 reprises en raison de son inclination à boire. Il écrit beaucoup, mais, peu à peu, il dérive et atteint le fond du baril. Il aura fallu attendre l’automne 2012 avant qu’il trouve la force de changer les choses et entreprenne le comeback de l’année. Depuis, il est sur une lancée phénoménale. Homme de la renaissance ou renaissance de l’homme? L’homme à tout faire — et homme de fer — de la poésie montréalaise prévoit s’adonner à ses « bonnes œuvres » pendant une quinzaine d’années avant de prendre sa retraite au fond d’un bar.

Souhaitons-lui alors que ce bar soit le refuge de nombreux poètes.

– 30 –

Pour un point de vue différent sur l’oeuvre et la vie d’Yvon Jean, lisez l’entrevue qu’il a accordée à Simon Duplessis sur Bazoom.ca.

Pour une critique de son recueil Au Pic pis à Pelle, lisez la chronique de Simon Duplessis sur Bazoom.ca.

Pour en savoir davantage sur Yvon Jean, consultez sa page Facebook ainsi que les diverses pages qu’il consacre à ses émissions de webtélé hebdomadaires.

Pascale Cormier : Fille prodigue

Pascale Cormier

Aimez-vous le texte oral?
J’inaugure aujourd’hui Texte oral, une nouvelle série de billets vidéo dont le but consiste à diffuser la poésie du Québec d’aujourd’hui dans sa forme parlée. Afin de lancer cette initiative en beauté, j’ai opté pour une récente prestation de la poète Pascale Cormier lors de la soirée Psaume II présentée le 9 août dernier par le duo Marjolaine RobichaudYvon Jean. La beauté et la profondeur du texte, d’une part, ainsi que la justesse et la retenue de la lecture, d’autre part, m’ont guidé dans ce choix. Pascale Cormier est accompagnée par le musicien Marc Poellhuber.